Boniments
Résumé
Dans Boniments, François Bégaudeau s'attaque à la langue du capitalisme contemporain et aux mots, expressions et concepts qui contribuent à rendre son fonctionnement naturel, désirable ou inévitable. À travers une succession de courts textes consacrés à des termes aussi divers que « libéralisme », « choix », « contrat », « compétences », « inclusion », « burn-out », « transition », « algorithmes », « tiers-lieu » ou « novlangue », il analyse la manière dont le vocabulaire quotidien véhicule une certaine vision de la société et des rapports sociaux.
Le « boniment » qui donne son titre au livre n'est pas, pour Bégaudeau, un mensonge pur et simple. Son efficacité vient précisément de ce qu'il contient une part de vérité, mais qu'il présente celle-ci de manière partielle ou intéressée. Ainsi, les individus disposent bien d'une certaine liberté de choix, le télétravail peut réellement offrir davantage de souplesse ou les entreprises peuvent effectivement produire de la richesse ; mais ces affirmations occultent les rapports économiques et sociaux qui déterminent concrètement qui peut exercer cette liberté, dans quelles conditions et au bénéfice de qui. Bégaudeau propose donc moins de « démasquer » les discours dominants comme entièrement faux que de les soumettre à une exigence de précision permettant d'en révéler les omissions.
À travers cet examen du langage, l'ouvrage développe plus largement une critique de l'idéologie bourgeoise et néolibérale. Bégaudeau montre comment des notions apparemment neutres ou positives (liberté, choix, mérite, compétences, innovation, inclusion ou transition) peuvent contribuer à individualiser des problèmes collectifs, à masquer les rapports de classe ou à présenter comme librement consenties des situations déterminées par des contraintes économiques. Le capitalisme apparaît ainsi non seulement comme un système économique, mais comme un ensemble de représentations qui façonnent notre manière de décrire le travail, la réussite, la consommation, la politique et jusqu'à notre propre comportement.
Boniments propose finalement une forme de critique politique par le langage : examiner avec précision les mots du quotidien pour faire apparaître les rapports de pouvoir et les présupposés qu'ils peuvent dissimuler. Par son format proche des Mythologies de Roland Barthes — filiation explicitement revendiquée dans la genèse du livre —, Bégaudeau part d'objets, de pratiques et de mots ordinaires pour mettre au jour l'idéologie qui traverse la société contemporaine.