Objectifs à long terme
1. Vers l’autogouvernement
Le Mouvement Municipal ne cherche pas seulement à démocratiser davantage les institutions existantes. Son horizon est celui d’une transformation plus profonde des rapports de pouvoir : que les populations puissent reprendre collectivement en charge ce qui est aujourd’hui décidé à leur place par des appareils politiques, administratifs ou économiques séparés d’elles.
Cette ambition ne s’arrête ni aux limites d’une commune ni à celles d’un État. Les communautés doivent pouvoir coopérer librement entre elles, au-delà des frontières administratives ou nationales, chaque fois que leurs besoins, leurs ressources ou les problèmes auxquels elles font face les relient.
Notre horizon est ainsi celui d’une société dans laquelle les personnes et les communautés disposent d’une capacité réelle à prendre en charge leurs affaires communes, organiser leurs propres institutions, gérer collectivement leurs ressources et se coordonner entre elles sans dépendre en permanence d’un pouvoir placé au-dessus d’elles.
Nous ne considérons pas cet horizon comme un modèle qu’il suffirait d’appliquer partout de la même manière. Il constitue une direction, appelée à être précisée, expérimentée et transformée par celles et ceux qui auront à la faire vivre.
2. Des communautés capables de décider et d’agir
Notre premier objectif est de contribuer au développement de communautés capables de décider elles-mêmes des affaires qui les concernent.
Cela suppose de dépasser une conception de la démocratie dans laquelle les habitantes et habitants seraient principalement invités à choisir des représentants, être consultés ou contribuer à des politiques définies ailleurs.
Nous souhaitons au contraire voir se développer des lieux de rencontre, de délibération et de décision dans lesquels les personnes concernées puissent faire émerger leurs propres questions, partager leurs connaissances, confronter leurs expériences, prendre des décisions et garder prise sur leur mise en œuvre.
Ces formes d’autogouvernement peuvent être différentes selon les territoires, les situations et les communautés. Elles n’ont pas vocation à reproduire un modèle unique.
Ce qui importe est la capacité des personnes à retrouver collectivement du pouvoir sur ce qui organise leur vie commune.
3. Refaire du commun
L’autogouvernement ne peut pas se réduire à des procédures de vote.
Pour décider ensemble, encore faut-il avoir quelque chose à reconnaître comme commun : un lieu de vie, des ressources, des services, des infrastructures, des savoirs, des espaces naturels, des besoins ou simplement les conséquences de décisions qui nous affectent collectivement.
Nous souhaitons donc contribuer à faire émerger et à renforcer des communs : des ressources ou des espaces dont une communauté se reconnaît responsable, qu’elle cherche à préserver, utiliser, transformer et transmettre selon des règles qu’elle peut elle-même définir.
Faire commun signifie aussi reconstruire des relations entre des personnes qui peuvent avoir des parcours, des opinions et des intérêts différents, mais qui doivent néanmoins apprendre à habiter et décider ensemble.
Nous pensons que la démocratie directe peut ainsi contribuer à reconstituer des communautés politiques, non pas fondées sur l’uniformité, mais sur la capacité à reconnaître ce qui nous relie et ce dont nous sommes collectivement responsables.
4. Préserver et transmettre la mémoire des expériences démocratiques
Les expériences démocratiques ne peuvent se transmettre que si leur mémoire demeure accessible.
Pourtant, une grande partie des savoirs produits par les mouvements sociaux, les assemblées locales, les expérimentations politiques ou les initiatives citoyennes reste dispersée et fragile. Des sites disparaissent, des plateformes ferment, des vidéos sont supprimées, des documents deviennent introuvables et des témoignages se perdent avec celles et ceux qui les portent.
Nous voulons contribuer à construire une mémoire durable de la démocratie directe, capable de survivre aux organisations, aux plateformes numériques et aux générations qui l’ont produite.
Cela implique de collecter, documenter, contextualiser, relier, sauvegarder et transmettre non seulement les réussites, mais aussi les échecs, les controverses, les transformations et les difficultés rencontrées.
Notre bibliothèque numérique constitue aujourd’hui l’un des principaux outils de cette ambition. À long terme, nous souhaitons qu’elle puisse devenir un commun pérenne de la connaissance, alimenté par celles et ceux qui étudient ou expérimentent la démocratie directe et suffisamment résilient pour que les savoirs qu’elle rassemble ne dépendent ni d’une plateforme commerciale, ni de quelques individus, ni même de l’existence future du Mouvement Municipal.
Chaque expérience documentée doit pouvoir devenir un point de départ pour les suivantes plutôt qu’une connaissance condamnée à disparaître avec celles et ceux qui l’ont vécue.
5. Vers davantage d’autonomie sociale, écologique et économique
L’autonomie politique reste fragile si une communauté ne dispose d’aucune prise sur les conditions matérielles qui permettent son existence.
Notre horizon est donc également celui d’une autonomie sociale, économique, alimentaire, culturelle, énergétique et écologique croissante.
Cela implique que les communautés puissent progressivement se réapproprier politiquement et matériellement leur territoire, ses ressources et leurs usages, afin de décider collectivement de la manière dont ils répondent aux besoins de celles et ceux qui y vivent.
Cette réappropriation ne signifie ni l’autarcie ni une souveraineté absolue sur un territoire. Les ressources, les écosystèmes et les activités humaines dépassent souvent les frontières d’une communauté. L’autonomie consiste donc autant à réduire les dépendances subies qu’à construire consciemment les interdépendances nécessaires avec d’autres communautés.
Une communauté devrait ainsi pouvoir maîtriser autant que possible ce qui peut l’être à son échelle : son alimentation, son énergie, certains services, ses espaces communs ou ses ressources ; et coopérer avec d’autres lorsque les réalités géographiques, écologiques, techniques ou sociales rendent cette coopération nécessaire.
Nous souhaitons favoriser les formes d’organisation qui renforcent la coopération, l’entraide, les solidarités locales, la maîtrise collective des ressources et la capacité à répondre aux besoins autrement que par la seule recherche de rentabilité.
Cela peut concerner l’alimentation, la production et la distribution de l’énergie, le logement, les transports, les services essentiels, les ressources naturelles, les savoirs, les divertissements ou encore les outils de production. Les formes permettant cette réappropriation peuvent être multiples : communs, coopératives, économie locale et solidaire, services collectivement administrés ou dispositifs qui restent encore largement à expérimenter.
L’écologie sociale constitue ici un horizon essentiel.
Nous faisons le pari que des personnes qui se réapproprient politiquement leur lieu de vie, qui deviennent collectivement responsables de ses ressources et qui doivent assumer ensemble les conséquences de leurs décisions peuvent progressivement développer une compréhension plus forte de leurs interdépendances sociales et écologiques.
Un territoire cesse alors d’être seulement un espace administré ou exploité. Il peut redevenir un milieu commun dont une communauté prend soin parce qu’elle s’y reconnaît elle-même impliquée.
6. Dépasser progressivement la dépendance envers l’État et le Capitalisme
À long terme, nous souhaitons contribuer à une société suffisamment autonome pour pouvoir progressivement se passer des formes de pouvoir qui concentrent aujourd’hui une grande partie des décisions politiques et économiques.
Notre horizon ne consiste donc pas seulement à mieux décentraliser l’État ou à rendre le Capitalisme plus participatif.
Nous cherchons à comprendre comment les fonctions aujourd’hui concentrées dans des structures étatiques ou soumises à des rapports économiques dominés par l’accumulation et la rentabilité pourraient progressivement être reprises, transformées et organisées autrement par les communautés elles-mêmes.
Notre critique du Capitalisme ne porte pas seulement sur ses excès. Elle concerne les rapports de pouvoir qui le structurent : la concentration de la propriété et des ressources, l’accumulation privée du capital, la subordination du travail aux exigences de rentabilité, les rapports d’exploitation qui en découlent et la capacité qu’acquiert ainsi une minorité à décider d’une part considérable de nos conditions d’existence.
Notre horizon est bien celui du dépassement de ces rapports capitalistes, et non de leur seule moralisation ou de leur aménagement.
De la même manière, notre critique de l’État ne se limite pas à son excessive centralisation. Elle porte sur la séparation durable qu’il institue entre celles et ceux qui exercent le pouvoir et les populations sur lesquelles ce pouvoir s’exerce. Notre horizon est celui d’une organisation politique dans laquelle les capacités aujourd’hui concentrées dans l’État puissent progressivement être reprises par des communautés capables de s’autogouverner et de se coordonner entre elles.
Cela ne signifie pas attendre une société idéale avant d’agir.
Une expérience peut aujourd’hui utiliser une commune, une institution publique, une subvention, une entreprise ou des échanges économiques existants tout en contribuant à augmenter l’autonomie d’une communauté.
Ces contradictions doivent être regardées en face.
Nous cherchons donc à comprendre, dans chaque expérience, si l’usage des structures existantes permet réellement de redistribuer du pouvoir, créer de l’autonomie et développer des capacités collectives, ou s’il produit au contraire de nouvelles dépendances et formes de récupération.
Notre objectif est moins de rechercher une conformité immédiate à notre horizon que de construire progressivement les conditions permettant de dépendre de moins en moins de structures sur lesquelles les populations n’ont que peu de prise.
7. Organiser la coopération entre communautés autonomes
L’autonomie ne signifie pas l’isolement.
De nombreux enjeux dépassent nécessairement l’échelle d’un quartier, d’un village ou d’une commune : énergie, eau, transports, alimentation, santé, infrastructures, écosystèmes, production, échanges ou solidarité entre territoires.
Notre horizon est celui de communautés autonomes capables de se coordonner et de se confédérer librement chaque fois qu’un enjeu dépasse leur propre capacité d’action.
Ces confédérations n’ont pas nécessairement vocation à former une organisation unique ou une succession rigide d’échelons territoriaux. Plusieurs formes de confédération peuvent coexister, se croiser et fonctionner à différentes échelles ou autour de différents besoins : territoire, eau, alimentation, énergie, transports, solidarité, culture, ressources naturelles ou tout autre sujet nécessitant une coopération plus large.
Une même communauté pourrait ainsi prendre part à plusieurs espaces de coordination, selon les sujets qui la concernent.
L’adhésion à ces structures doit relever de la libre association des communautés qui s’autogouvernent. Une communauté doit pouvoir choisir les coopérations auxquelles elle souhaite prendre part, plutôt que d’être placée sous l’autorité permanente d’une structure supérieure.
Cette autonomie ne signifie toutefois pas qu’une communauté pourrait ignorer les conséquences de ses décisions sur les autres. Lorsqu’un choix affecte plusieurs territoires ou populations, celles et ceux qui en subissent les conséquences doivent pouvoir participer à la détermination de ce qui les concerne.
La confédération ne doit donc pas devenir un nouveau pouvoir central imposant de l’extérieur ses décisions à ses composantes. Elle doit permettre aux communautés de mettre en commun ce qu’elles choisissent ou doivent prendre en charge ensemble, tout en conservant leur autonomie sur ce qui peut demeurer sous leur responsabilité propre.
Ces organisations confédérales n’existent pas aujourd’hui sous une forme achevée au sein du Mouvement Municipal. Elles représentent une direction vers laquelle nous souhaitons avancer progressivement, en construisant des liens, des outils communs, des habitudes de coopération et des formes de gouvernance qui pourront être expérimentées et transformées avec le temps.
8. Faire du Mouvement Municipal un outil réellement commun
Le Mouvement Municipal lui-même doit pouvoir évoluer avec les principes qu’il défend.
Notre objectif à long terme n’est pas de construire une organisation toujours plus centralisée à laquelle les initiatives locales devraient se rattacher. Nous souhaitons au contraire que le Mouvement puisse progressivement devenir un outil commun au service de celles et ceux qui œuvrent à l’autogouvernement démocratique.
Cela suppose que son fonctionnement, ses ressources, ses savoirs et ses responsabilités puissent être de moins en moins dépendants de quelques personnes et de plus en plus appropriés par celles et ceux qui le font vivre.
Les fonctions de coordination doivent rester des moyens d’organiser et de mettre en œuvre les décisions collectives, et non devenir des positions permanentes de pouvoir. Les règles du Mouvement doivent pouvoir évoluer avec l’expérience, les besoins et les personnes qui y participent.
Cette évolution ne peut être que progressive. Certaines responsabilités restent aujourd’hui nécessairement davantage assumées par les personnes qui disposent du temps, des compétences ou de l’expérience nécessaires pour les prendre en charge.
Notre objectif est néanmoins de transmettre ces savoirs, partager progressivement les responsabilités et rendre le fonctionnement du Mouvement suffisamment compréhensible et accessible pour que de nouvelles personnes puissent réellement s’en saisir.
À mesure que des initiatives autonomes, des communautés et des organisations se développent, le Mouvement Municipal devra également accepter de ne pas devenir leur centre.
Il pourra contribuer à fournir des outils, conserver une mémoire commune, faciliter des rencontres et participer à des coordinations, tout en devenant lui-même une composante parmi d’autres d’un ensemble plus large.
Sa réussite ne se mesurera donc pas seulement à sa propre croissance, mais aussi à sa capacité à rendre possibles des initiatives, des savoirs, des outils et des relations capables de continuer à exister sans dépendre de lui.
9. Un horizon, pas un plan à appliquer
Nous ne savons pas quelle forme précise prendra une société réellement démocratique, écologique et autonome.
Nous ne savons pas davantage quelles étapes permettront d’y parvenir.
Et nous considérons justement qu’aucune organisation ne devrait prétendre posséder à elle seule cette réponse.
Les formes futures de démocratie directe, de communs, d’organisation économique ou de coordination confédérale devront être inventées par les personnes et les communautés qui auront à les faire vivre.
Le rôle du Mouvement Municipal est donc moins de proposer un modèle final que de contribuer à créer les conditions permettant à ces expérimentations d’exister, de se rencontrer, de s’évaluer, de se documenter et de transmettre leurs enseignements.
Certaines réussiront.
D’autres échoueront.
Certaines seront profondément transformées par la pratique.
Ces réussites, ces échecs et ces transformations ne constituent pas des détours inutiles. Ils produisent une connaissance dont les expériences suivantes peuvent se saisir.
C’est précisément cette accumulation de savoirs, de liens, de pratiques et de capacités collectives qui peut permettre, petit à petit, de rendre possible une transformation beaucoup plus profonde de nos sociétés.
Notre objectif à long terme est ainsi moins de dessiner à l’avance la société future que de contribuer à rendre les personnes et les communautés capables de la construire elles-mêmes.
Août 2026
Vous souhaitez en savoir plus ou contribuer à cette dynamique ? Découvrez notre Charte ou rejoignez-nous.