Vidéo Grand public FR VID-MAG-2026

AC #22 / Etienne Chouard : Une véritable démocratie à Ménil-la-Horgne avec le maire Claude Kaiser !

Résumé

Ce vingt-deuxième Atelier Constituant, diffusé par Nexus, est consacré à l’expérience de démocratie directe menée à Ménil-la-Horgne, petite commune de la Meuse d’environ 200 habitants. Étienne Chouard et les autres participants reçoivent le maire Claude Kaiser, accompagné de plusieurs habitants, afin de revenir sur les six années de fonctionnement de l’assemblée citoyenne mise en place à partir de 2020. L’objectif est notamment de répondre aux doutes rencontrés par des listes candidates aux élections municipales qui envisagent de transférer une partie importante du pouvoir de décision aux habitants.

Claude Kaiser rappelle que le dispositif repose sur un principe simple : pour les sujets importants concernant la commune, les habitants réunis en assemblée discutent et décident, tandis que le maire et le conseil municipal mettent ensuite leurs décisions en œuvre. Chaque participant dispose de la même voix et le maire ne bénéficie d’aucune position particulière au sein de l’assemblée. Kaiser présente cette organisation comme une expérimentation dont lui-même ignorait, au départ, si elle fonctionnerait durablement. Six ans plus tard, les assemblées continuent pourtant de réunir des habitants et environ 80 projets auraient été réalisés au cours du mandat.

Une partie importante de la vidéo donne précisément la parole à des habitants initialement sceptiques. Alain explique qu’il ne croyait pas au projet lorsqu’il lui a été présenté, avant d’être convaincu en participant aux assemblées et en constatant que les décisions prises avaient effectivement des conséquences. Claude Bouchot, ancien maire de la commune, raconte avoir d’abord considéré l’idée avec dérision avant de changer progressivement d’avis devant la participation des habitants, les réalisations effectuées et la situation financière de la commune. Karine témoigne quant à elle de sa réticence initiale envers les réunions et les activités collectives, avant de devenir une participante régulière. Pour elle, l’expérience montre notamment que l’engagement peut rester proportionné aux disponibilités de chacun et que la possibilité réelle d'influencer les décisions donne un sens différent à la participation.

Ces témoignages servent à discuter d’une difficulté centrale : la peur que les habitants ne souhaitent pas réellement exercer eux-mêmes le pouvoir ou que le fonctionnement d’une assemblée décisionnaire soit trop compliqué. Les intervenants défendent au contraire l’idée qu’une telle pratique peut progressivement devenir ordinaire dès lors que les premières décisions sont effectivement respectées. La délibération est également présentée comme essentielle : l’intérêt de l’assemblée ne réside pas seulement dans le vote, mais dans la confrontation des arguments et dans la possibilité pour chacun de modifier son opinion au contact des autres. L’expérience aurait également favorisé de nouvelles relations sociales entre des habitants qui se connaissaient auparavant peu.

La discussion porte aussi sur la position particulière du maire et des conseillers municipaux dans ce système. Le rôle attendu d’un élu n’est plus principalement de décider à la place de la population, mais d’accepter d’exécuter une décision collective même lorsqu’elle contredit son opinion personnelle. Les participants insistent donc sur les qualités nécessaires aux candidats qui voudraient reproduire cette expérience : capacité d’écoute, absence de recherche personnelle du pouvoir et acceptation de la contradiction. Cette question devient particulièrement importante au moment de constituer des listes municipales se présentant avec l'engagement de respecter les décisions d’une assemblée citoyenne.

L’approche des élections municipales de 2026 occupe ainsi une place importante dans l’émission. Plusieurs groupes et communes voisines se seraient intéressés à l’expérience de Ménil-la-Horgne, mais certains candidats commenceraient à douter de la possibilité de défendre ouvertement un projet de démocratie directe face aux réticences d’une partie des électeurs ou de leurs propres colistiers. Les participants discutent donc de la manière de présenter ce projet sans le réduire à une simple amélioration de la démocratie participative. Pour eux, la différence fondamentale tient au fait que consulter les habitants laisse le dernier mot aux élus, tandis que l’expérience recherchée consiste à reconnaître aux habitants un véritable pouvoir de décision.

L’émission examine enfin les possibilités de diffusion de cette expérience à d’autres communes. Le Portail Municipal Démocrate et différents réseaux sont évoqués comme moyens de recenser les initiatives, partager des chartes et mettre en relation des personnes souhaitant créer des listes ou des assemblées citoyennes. Les nombreuses petites communes dans lesquelles une seule liste se présente, voire celles qui ne disposent d’aucune liste, sont envisagées comme des territoires où de nouvelles expérimentations pourraient apparaître. Les participants discutent également de ce qu’il serait possible de faire depuis l’opposition municipale lorsqu’une liste défendant ce projet n’obtient pas la majorité.

Plus largement, la vidéo présente Ménil-la-Horgne comme un retour d’expérience après six années de pratique, plutôt que comme un modèle théorique. Le témoignage d’habitants autrefois sceptiques occupe à ce titre une place centrale : il sert à montrer les transformations provoquées par l’exercice régulier de la décision collective, mais également les conditions humaines et institutionnelles nécessaires à son fonctionnement. L’expérience est ainsi mobilisée pour défendre l’idée qu’une transformation démocratique peut commencer à l’échelle communale, par la création d’assemblées disposant d’un pouvoir effectif et par l’engagement des élus à se placer dans une fonction d’exécution des décisions prises par la population.

Description détaillée

Ce vingt-deuxième Atelier Constituant, diffusé par Nexus, propose un retour d’expérience consacré au fonctionnement de la démocratie directe à Ménil-la-Horgne, commune meusienne d’environ 200 habitants. Étienne Chouard et les autres participants y échangent avec le maire Claude Kaiser ainsi qu’avec plusieurs habitants de la commune. Six ans après la mise en place d’une assemblée citoyenne décisionnaire en 2020, l’émission cherche à examiner concrètement ce que produit le transfert d’une partie du pouvoir de décision municipal vers les habitants et les enseignements qui peuvent en être tirés pour d’autres communes.

Claude Kaiser revient sur le principe qui structure l’expérience : les décisions importantes concernant les projets et l’avenir de la commune sont discutées par les habitants réunis en assemblée citoyenne, tandis que le maire et le conseil municipal s’engagent à mettre en œuvre les décisions prises. Dans cette organisation, les élus ne disposent pas d’une voix supérieure à celle des autres participants au moment de la délibération. Le conseil municipal conserve néanmoins son existence juridique et assume la traduction administrative et légale des décisions de l’assemblée. Kaiser souligne qu’au lancement de l’expérience, personne ne pouvait garantir que ce fonctionnement serait durable ; après six années, les assemblées se poursuivent et environ quatre-vingts projets auraient été réalisés.

Une place importante est accordée aux témoignages d’habitants qui se montrent rétrospectivement sur leurs réticences initiales. Alain explique avoir accueilli le projet avec scepticisme avant d’être progressivement convaincu par sa participation aux assemblées et par la réalisation effective des décisions collectives. Claude Bouchot, ancien maire de la commune, raconte également avoir d’abord considéré l’idée avec beaucoup de réserve, avant que l’évolution de l’expérience ne modifie son jugement. Karine décrit quant à elle son passage d’une faible inclination pour les réunions collectives à une implication régulière dans les assemblées. Ces témoignages permettent d’aborder la question de l’apprentissage de la participation et de la confiance qui peut progressivement se construire lorsque les habitants constatent que leurs décisions ont des effets concrets.

L’émission insiste ainsi sur la distinction entre participer à une consultation et disposer d’un véritable pouvoir de décision. Selon les intervenants, demander régulièrement l’avis de la population ne suffit pas à instaurer une démocratie directe si les élus restent libres de suivre ou non cet avis. À Ménil-la-Horgne, l’engagement pris consiste au contraire à reconnaître la décision de l’assemblée comme celle qui doit être appliquée. Cette différence est présentée comme l’une des raisons permettant d’expliquer la participation des habitants : prendre part à une réunion acquiert une autre portée lorsque la délibération débouche sur une décision effective plutôt que sur une simple recommandation adressée aux représentants.

La ressource accorde également une attention particulière à la délibération collective. Les assemblées ne sont pas présentées comme une simple succession de votes, mais comme des espaces dans lesquels les habitants peuvent confronter leurs informations, leurs intérêts et leurs arguments avant de se prononcer. Plusieurs témoignages évoquent la possibilité de changer d’avis au cours d'une discussion et l’apprentissage progressif de l’écoute des positions divergentes. Au-delà des décisions municipales elles-mêmes, les intervenants attribuent également à cette pratique des effets sur les relations sociales dans le village, en favorisant les rencontres et les échanges entre des personnes qui se connaissaient auparavant peu ou ne se fréquentaient pas.

Une autre partie de la discussion concerne la transformation du rôle des élus qu’implique un tel dispositif. Pour Claude Kaiser, le maire et les conseillers doivent accepter de mettre en œuvre une décision avec laquelle ils peuvent personnellement être en désaccord. L’exercice d’un mandat municipal repose alors moins sur la capacité à imposer son propre programme que sur l’aptitude à écouter, organiser et exécuter les décisions collectives. Cette conception soulève directement la question du profil des personnes susceptibles de rejoindre une liste municipale défendant la démocratie directe : les participants insistent notamment sur la capacité à renoncer à une position de pouvoir personnel et à accepter la contradiction.

À l'approche des élections municipales de 2026, l’expérience de Ménil-la-Horgne est mise en relation avec plusieurs initiatives cherchant à reproduire ou adapter ce fonctionnement dans d’autres communes. L’émission revient sur les difficultés rencontrées par des groupes souhaitant constituer des listes municipales autour d’un engagement à transférer le pouvoir de décision aux habitants : réticences d’électeurs, hésitations de certains colistiers ou tentation de présenter le projet sous la forme plus consensuelle d’une démocratie simplement « participative ». Les échanges portent également sur les possibilités ouvertes lorsqu’une telle liste reste minoritaire au conseil municipal et sur les moyens de continuer à développer des pratiques d’assemblée depuis l’opposition.

La diffusion et la mise en réseau de ces expérimentations constituent enfin un autre axe de la ressource. Le Portail Municipal Démocrate et différents réseaux sont évoqués comme des outils permettant de recenser les initiatives existantes, de partager des documents et des chartes ou de mettre en relation des personnes intéressées par la création d’assemblées citoyennes et de listes municipales. Les petites communes, notamment celles dans lesquelles une seule liste se présente ou qui rencontrent des difficultés à constituer un conseil municipal, apparaissent dans les échanges comme des espaces particulièrement propices à l’expérimentation de nouvelles formes d’organisation démocratique.

À travers les témoignages de Claude Kaiser et des habitants, cette vidéo constitue ainsi principalement un bilan de six années d’expérimentation de la démocratie directe à l’échelle communale. Elle aborde à la fois les effets de l’assemblée sur la participation et les relations entre habitants, la redéfinition du rôle du maire et du conseil municipal, les réticences rencontrées lors de la mise en place du dispositif et les perspectives de diffusion vers d’autres communes. La ressource met ainsi en relation une expérience locale déjà installée dans la durée avec les interrogations pratiques de groupes qui envisagent d’utiliser les élections municipales comme moyen d’instituer un pouvoir décisionnel exercé directement par les habitants.

Table des matières

Chapitres : 00:01:01 - Bienvenue dans l'atelier constituant : l'expérience démocratique de Ménil 00:10:54 - Comment une liste citoyenne a pris le pouvoir presque par accident 00:20:36 - Comment la démocratie directe est née du terrain 00:25:01 - Des habitants convertis qui ne veulent plus revenir en arrière 00:33:11 - Quand la démocratie locale recrée du lien entre voisins 00:43:49 - Comment les décisions se prennent vraiment 00:55:58 - Projets, soutien institutionnel et succès inattendu d'un village qui ose 01:08:29 - Assemblées citoyennes : comment ça marche vraiment 01:14:02 - Trop solliciter les citoyens : le piège à éviter 01:16:11 - Municipales : faut-il afficher la démocratie directe dans son programme ? 01:22:03 - Il veut introduire la démocratie citoyenne dans son village 01:31:25 - Révolution démocratique ou stratégie progressive 01:39:41 - Et après les élections, les assemblées citoyennes peuvent-elles essaimer ? 01:46:20 - Démocratie locale : et si c'était ça la clé ?

Retour à la bibliothèque