Livre Militant·e FR LIV-GRA-2014

Comme si nous étions déjà libres

Résumé

Dans Comme si nous étions déjà libres, David Graeber s'appuie sur son implication personnelle dans Occupy Wall Street pour proposer une réflexion plus générale sur la démocratie et les possibilités de transformation sociale. Il raconte la naissance du mouvement à New York en 2011, son fonctionnement en assemblées et les pratiques développées par ses participants pour prendre collectivement des décisions sans dirigeants permanents. Cette expérience lui permet d'explorer une conception de la démocratie fondée non sur l'élection de représentants, mais sur la participation directe, l'égalité politique, la délibération collective et la recherche du consensus.

Graeber élargit ensuite son propos en interrogeant l'histoire même de la démocratie. Il remet en cause son assimilation aux institutions représentatives modernes et s'intéresse aux nombreuses traditions de prise de décision collective qui se sont développées en dehors des structures étatiques. Pour lui, la démocratie doit avant tout être comprise comme un processus par lequel des personnes égales s'organisent pour décider ensemble de leurs affaires communes, plutôt que comme un ensemble déterminé d'institutions électorales.

L'ouvrage analyse enfin la manière dont les mouvements sociaux peuvent produire des transformations politiques sans nécessairement chercher à conquérir le pouvoir d'État. Graeber défend une politique « préfigurative » : expérimenter dès maintenant, dans les mouvements et les espaces que l'on construit, les rapports sociaux et les formes démocratiques que l'on souhaite voir se généraliser. L'expérience d'Occupy devient ainsi le point de départ d'une réflexion sur l'action directe, l'auto-organisation et la capacité des citoyens à créer leurs propres institutions. Le titre français résume cette proposition : plutôt que d'attendre qu'une autorité accorde davantage de liberté ou de démocratie, il s'agit de commencer à agir collectivement comme si nous étions déjà libres.

Description détaillée

Dans Comme si nous étions déjà libres, David Graeber propose une réflexion sur la démocratie, l’action directe et les possibilités de transformation sociale à partir de son expérience au sein du mouvement Occupy Wall Street. Anthropologue et militant anarchiste, il participe directement à l’émergence du mouvement new-yorkais en 2011 et observe de l’intérieur la construction d’une mobilisation refusant les dirigeants permanents et les structures politiques traditionnelles. Cette expérience constitue le point de départ d’une interrogation plus large : que signifierait réellement vivre en démocratie si les citoyens exerçaient eux-mêmes le pouvoir plutôt que de le déléguer périodiquement à des représentants ?

Graeber revient sur la naissance d’Occupy Wall Street, ses revendications et surtout ses modes d’organisation. Les assemblées générales, la recherche du consensus, les groupes de travail et les différentes techniques permettant à chacun de participer aux décisions sont étudiés comme autant d’expérimentations concrètes de démocratie directe. L’auteur ne dissimule pas les difficultés et les contradictions de ces pratiques, mais montre qu’elles permettent d’envisager la démocratie autrement que comme un système électoral. Celle-ci devient avant tout une pratique collective : des personnes considérées comme politiquement égales se réunissent, délibèrent et déterminent ensemble la manière dont elles souhaitent organiser leurs affaires communes.

Cette réflexion conduit Graeber à remettre en question l’association généralement établie entre démocratie et gouvernement représentatif. En parcourant différentes expériences historiques, il rappelle que les pratiques démocratiques ne se limitent ni aux institutions occidentales modernes ni aux élections. Des formes d’assemblées, de délibération collective et de prise de décision par consensus ont existé dans de nombreuses sociétés, souvent à distance ou en opposition aux structures étatiques. L’histoire de la démocratie apparaît alors moins comme celle d’un modèle institutionnel progressivement perfectionné que comme celle d’une multitude de pratiques par lesquelles des populations ont cherché à organiser collectivement leur vie.

L’ouvrage développe parallèlement une critique du fonctionnement politique et économique contemporain. Graeber analyse notamment les rapports entre pouvoir politique, concentration des richesses, endettement et influence du secteur financier, qui contribuent selon lui à réduire la capacité des citoyens à intervenir réellement dans les décisions qui déterminent leur existence. Occupy Wall Street apparaît dans ce contexte non seulement comme une protestation contre les inégalités économiques, mais également comme une tentative de reconstruire des espaces où le pouvoir de décision puisse être exercé directement et collectivement.

Graeber s’interroge enfin sur la manière dont les mouvements sociaux peuvent transformer durablement la société sans nécessairement chercher à conquérir l’appareil d’État. Il accorde une place centrale à l’action directe et aux pratiques dites préfiguratives : plutôt que d’attendre une transformation institutionnelle future pour mettre en œuvre de nouvelles relations sociales, les participants cherchent à expérimenter immédiatement les principes qu’ils défendent. Horizontalité, coopération, autonomie et démocratie directe ne constituent alors plus seulement des objectifs politiques, mais des pratiques à mettre en œuvre au sein même des mouvements.

Comme si nous étions déjà libres articule ainsi témoignage militant, analyse anthropologique et réflexion politique pour proposer une conception de la démocratie comme processus permanent d’auto-organisation. À travers l’expérience d’Occupy Wall Street, David Graeber invite à considérer les assemblées et l’action collective non seulement comme des moyens de contestation, mais comme des espaces capables de faire émerger d’autres manières d’exercer le pouvoir et de prendre des décisions communes. L’ouvrage pose ainsi une question centrale : plutôt que de demander comment obtenir davantage de démocratie des institutions existantes, comment commencer dès aujourd’hui à construire et pratiquer nous-mêmes les formes démocratiques dans lesquelles nous souhaiterions vivre ?

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