Article académique Universitaire FR ACA-VAN-2024

La stratégie communaliste à l’épreuve de la pratique : payer le prix des élections pour l’érosion ?

Résumé

Dans cet article, Sixtine Van Outryve analyse les tensions auxquelles se confronte la stratégie électorale du communalisme lorsqu'elle est mise en œuvre concrètement. À partir de l'expérience des Gilets jaunes de Commercy, qui ont cherché à transférer le pouvoir municipal à une assemblée citoyenne en présentant une liste aux élections municipales de 2020, l'autrice étudie les effets de l'entrée dans le jeu électoral sur un mouvement fondé sur la démocratie directe. Elle montre que cette stratégie, bien qu'elle puisse contribuer à diffuser les idées communalistes et à ouvrir des perspectives de transformation institutionnelle, expose également le mouvement à plusieurs risques : subordination des assemblées à la campagne électorale, personnalisation de la politique, hiérarchisation des militants, recherche de crédibilité institutionnelle et affaiblissement de l'autonomie collective. En confrontant la théorie communaliste de Murray Bookchin à cette étude de cas, l'article met en évidence les défis pratiques de la construction d'un double pouvoir local et interroge les conditions dans lesquelles les élections peuvent constituer un levier de transition vers une démocratie directe plutôt qu'un facteur d'érosion des pratiques démocratiques elles-mêmes.

Description détaillée

Dans cet article, Sixtine Van Outryve examine la mise en pratique de la stratégie électorale du communalisme à travers l'expérience menée par les Gilets jaunes de Commercy lors des élections municipales de 2020. En s'appuyant sur une enquête de terrain de deux années mêlant observation participante, entretiens et analyse documentaire, elle analyse comment un mouvement organisé en assemblées populaires a tenté d'utiliser les élections municipales non pour exercer le pouvoir représentatif, mais pour transférer le pouvoir de décision à une assemblée citoyenne fonctionnant selon les principes de la démocratie directe. L'article retrace la naissance de cette stratégie, son déroulement et les débats qu'elle a suscités au sein du mouvement. L'autrice met en évidence les tensions produites par l'utilisation d'un outil propre à la démocratie représentative au service d'un projet visant précisément à la dépasser. Elle montre notamment comment la campagne électorale tend à subordonner les assemblées populaires à la logique électorale, favorise la personnalisation des candidatures, introduit des rapports hiérarchiques, renforce les impératifs de crédibilité institutionnelle et expose le mouvement aux logiques de compétition inhérentes aux élections. Ces mécanismes peuvent fragiliser les pratiques démocratiques qu'ils cherchent pourtant à promouvoir. Enfin, l'article confronte cette expérience aux travaux de Murray Bookchin et d'Erik Olin Wright afin d'interroger la place des élections dans une stratégie de transformation sociale. Il souligne que la conquête des institutions municipales peut constituer un moyen de construire un contre-pouvoir local et d'étendre progressivement des pratiques de démocratie directe, mais seulement à condition de préserver l'autonomie des assemblées populaires face aux contraintes du cadre représentatif. Cette étude apporte ainsi une réflexion concrète sur les conditions, les limites et les potentialités de la stratégie communaliste dans les démocraties contemporaines.

Table des matières

p. 132 La stratégie communaliste à l'épreuve de la pratique : payer le prix des élections pour l'érosion ?

p. 133 Les assemblées de Commercy, des Gilets jaunes aux élections municipales

p. 135 Le prix des élections p. 135 Le narratif électoral et l'effacement de l'assemblée p. 136 La personnalisation de la politique p. 137 L'intérêt à être élu et la logique concurrentielle p. 138 Les exigences de crédibilité

p. 139 Quelle érosion avec les élections ?

p. 141 Bibliographie

Retour à la bibliothèque